Le 1er octobre 2001, Günter Blümlein disparaissait soudainement à 58 ans. Avec Walter Lange, il avait relancé A. Lange & Söhne en 1990, et la manufacture de Glashütte lui rend hommage pour les 25 ans de sa mort.
Dans un texte publié le 22 septembre 2026, A. Lange & Söhne rappelle son rôle dans la renaissance de la montre mécanique après la crise du quartz. Né à Nuremberg en 1943, formé à la mécanique de précision, Günter Blümlein a dirigé IWC et Jaeger-LeCoultre avant de relancer la marque saxonne.
Né à Nuremberg en 1943, formé à la mécanique de précision
Günter Blümlein est né le 21 mars 1943 à Nuremberg, en Franconie. Après des études de mécanique de précision, il commence sa carrière au groupe Diehl, propriétaire de la fabrique de montres Junghans depuis les années 1950.
Chez Diehl, il se voit rapidement confier des postes de direction dans le marketing et la vente. C’est là qu’il acquiert l’expérience de l’horlogerie industrielle qu’il mettra ensuite au service de marques suisses en difficulté.
De Junghans à VDO : une carrière dans l’horlogerie industrielle
Au groupe Diehl, propriétaire de Junghans, Günter Blümlein dirige la division horlogère à partir de 1968, selon le média spécialisé Monochrome. En 1980, il rejoint VDO, fabricant de compteurs automobiles qui avait racheté IWC et Jaeger-LeCoultre en 1978, et qui deviendra plus tard une filiale de Mannesmann.
VDO lui confie la réorganisation de ses deux marques horlogères, frappées comme une grande partie de l’industrie suisse par les conséquences de la crise du quartz.
A. Lange & Söhne souligne sa compréhension de l’époque, sa vision stratégique et sa gestion rigoureuse des marques. Walter Lange disait de lui qu’il savait faire des montres et diriger des hommes, et qu’il n’avait jamais rencontré quelqu’un d’aussi doué.
Réorganisation d’IWC et Jaeger-LeCoultre au sein de LMH
IWC et Jaeger-LeCoultre sont alors réunies dans le holding Les Manufactures Horlogères (LMH), dont Günter Blümlein prend la direction dans les années 1980, avec pour mission de réorganiser les deux maisons et de les relancer.
Selon Monochrome, il soutient chez IWC la Da Vinci à quantième perpétuel de 1985 et la renaissance de la Portugieser, et chez Jaeger-LeCoultre le retour de la Reverso et la série Master Control.
Pour la manufacture saxonne, Günter Blümlein a joué un rôle clé dans la renaissance de la montre mécanique suisse. La relance d’A. Lange & Söhne en 1990 lui a permis de ramener aussi l’horlogerie de précision saxonne sur la scène internationale.
Relance d’A. Lange & Söhne à Glashütte (1990) et présentation 1994
La relance d’A. Lange & Söhne intervient après la réunification allemande : Walter Lange, arrière-petit-fils du fondateur, crée Lange Uhren GmbH le 7 décembre 1990, jour anniversaire de la fondation de 1845. La société est une coentreprise entre Walter Lange et LMH, le groupe dirigé par Günter Blümlein.
Les premières montres de la nouvelle ère sont présentées au palais royal de Dresde le 24 octobre 1994. Elles séduisent d’emblée les amateurs d’horlogerie. Günter Blümlein résumait ainsi le projet : une montre Lange est une œuvre d’art complète, qui réunit la passion des horlogers pour la mécanique, le style de la maison et sa riche histoire.
Les deux associés font de l’histoire de la marque leur mission : la qualité des montres de poche historiques de Lange sert de base à une philosophie de produit centrée sur le travail artisanal. Günter Blümlein fixait la barre très haut : « En tant que nouveaux venus, nous ne pouvons pas nous permettre la moindre faiblesse. Nos produits doivent être parfaits, jusque dans le plus petit détail. »
La relance est aussi une opération de communication : mise en avant du patrimoine de Ferdinand Adolph Lange, fondateur en 1845, et récit de la résurrection après plus de quarante ans d’interruption depuis l’expropriation post-Seconde Guerre mondiale. Le récit patrimonial renforce la légitimité de la marque relancée.
Walter Lange a résumé l’apport de son associé sans détour : sans Günter Blümlein, A. Lange & Söhne n’existerait plus, et Glashütte ne serait pas redevenue le centre de l’horlogerie de précision allemande.
Les modèles fondateurs : Lange 1, Tourbillon Pour le Mérite, Arkade, Saxonia
La collection présentée en 1994 est composée de quatre références clés : Lange 1 avec son cadran décentré et sa grande date, le Tourbillon Pour le Mérite intégrant une transmission fusée-chaîne, ainsi que les modèles Arkade et Saxonia. Ces montres établissent le style et le positionnement technique de la maison.
Le Tourbillon Pour le Mérite illustre l’ambition technique de la nouvelle maison, avec sa transmission par fusée et chaîne associée à un tourbillon. Günter Blümlein possédait l’exemplaire numéroté 1/50.
La Lange 1 deviendra une icône, son cadran décentré et sa grande date offrant une identité visuelle immédiatement reconnaissable. Ce dessin est un élément stratégique, il facilite le repérage de la marque par les amateurs et la presse spécialisée, contribuant à construire une signature esthétique durable.
Avec le Tourbillon Pour le Mérite, l’Arkade et la Saxonia, la Lange 1 a permis à A. Lange & Söhne de prendre immédiatement place dans le monde de l’horlogerie de précision, selon la manufacture.
Héritage technique : Datograph, Double Split et relief de Beat Künzler
L’héritage laissé par Günter Blümlein se mesure aussi dans les développements techniques engagés après la relance, avec des chronographes et des complications conçus entièrement à Glashütte.
Parmi les jalons figure le Datograph, présenté par Günter Blümlein et Walter Lange à Baselworld en 1999. À une époque où les chronographes conçus et fabriqués en interne étaient rares, ce calibre de manufacture a fixé de nouveaux standards.
Günter Blümlein n’a pas vu le lancement du Double Split en 2004, premier chronographe à double rattrapante de l’histoire, capable de mesurer des temps intermédiaires jusqu’à 30 minutes. C’est aussi le premier modèle doté du spiral développé et produit par la manufacture, un choix d’indépendance qui remonte à ses décisions.
Dans le bâtiment de manufacture Lange II, un relief en bronze de l’artiste de Schaffhouse Beat Künzler rend hommage à Günter Blümlein. Commandé après sa mort, il a été dévoilé en 2002, lors d’une cérémonie pour le premier anniversaire de sa disparition. Le cadran de la Lange 1 figure en arrière-plan.
Aujourd’hui, la manufacture produit quelques milliers de montres par an, principalement en or ou en platine, et compte 77 calibres maison depuis 1990. Son directeur général, Wilhelm Schmid, résume le duo fondateur : « Walter Lange était le cœur, Günter Blümlein le cerveau ».
Sources
