Les collectionneurs de montres de luxe ne s’en sont jamais remis : MB&F et ses Horological Machines ont rendu toutes les autres pièces impossibles à regarder de la même façon

Les collectionneurs de montres de luxe ne s’en sont jamais remis : MB&F et ses Horological Machines ont rendu toutes les autres pièces impossibles à regarder de la même façon

MB&F, acronyme de Maximilian Büsser & Friends, a fondé en 2005 ce qui est présenté comme le premier laboratoire conceptuel horloger, dédié à la déconstruction de la montre traditionnelle en sculptures mécaniques. Le lancement de la HM1 en 2007 a marqué une rupture formelle et technique : boîte tridimensionnelle, quatre barillets interconnectés et transmission d’énergie inédite. Cette approche a posé la base d’une famille de pièces que l’on nomme aujourd’hui Horological Machines.

Le projet MB&F combine design, micro-ingénierie et collaborations, visant à créer des objets à porter qui se vivent comme des machines cinétiques. Les modèles explorent des thèmes variés, de l’aérodynamique au bestiaire mécanique, et cohabitent avec la ligne plus classique nommée Legacy Machine, lancée en 2011. En 2026 la collection confirme sa position, oscillant entre expérimentation et savoir-faire horloger, et influence la scène de la haute horlogerie contemporaine.

HM1 (2007) : présentation de la première Horological Machine

La HM1, dévoilée en 2007, impose le manifeste de MB&F : une montre qui refuse d’être simplement un cadran dans une boîte. Le mouvement contenait quatre barillets reliés en parallèle et en série, ce qui représentait une innovation notable sur le plan énergétique. Le boîtier sculptural et la finition moteur visible ont placé l’accent sur l’objet comme « engine », pas uniquement comme instrument horaire.

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Sur le plan du marché de collection, la HM1 a acquis rapidement une valeur reconnue. Une référence rose-or ruthénium a été présentée aux enchères et s’est vendue pour l’ordre de ≈ 41 450 € (CHF 40 640 en 2024), preuve de la demande pour ces premières pièces en petites séries. Ces chiffres traduisent la rareté et l’intérêt des collectionneurs pour la genèse de la gamme.

Techniquement, la HM1 illustre la volonté de repenser les solutions horlogères : la gestion de l’énergie par plusieurs barillets et la transmission vers l’organe régulateur montrent une logique d’expérimentation poussée. Le rendu esthétique, tridimensionnel et fortement texturé, transforme le rapport intime au poignet, rendant lisible la mécanique comme partie intégrante du design.

Pour les observateurs et horlogers, la HM1 demeure une référence pédagogique sur la manière de concilier complexité mécanique et lisibilité visuelle. Plusieurs horlogers indépendants citent la HM1 comme exemple d’« objet-atelier » moderne, où le mouvement n’est plus dissimulé mais célébré comme composante centrale de la montre.

HM2 (2008) : modularité et rupture de forme

La HM2, lancée en 2008, a prolongé l’audace formelle en optant pour une boîte rectangulaire modulaire, décrite comme un « chocolate-bar » par certains observateurs. Son architecture montrait des éléments rappelant des arcs-boutants et deux hublots de lecture, démontrant la volonté de MB&F de questionner la relation surface/volume dans l’objet poignet.

Sur le plan constructif, la modularité de la HM2 a autorisé variantes et éditions limitées, chacune mettant en lumière une facette différente du mouvement et de la finition. Des ventes aux enchères ont confirmé la valeur de modèles de 2008-2009, la plupart se situant dans des ordres de grandeur comparables à d’autres machines pionnières, preuve de l’attrait durable pour ces pièces expérimentales.

La HM2 a servi de laboratoire pour des solutions d’ergonomie et de lecture non conventionnelle, chargeant chaque face d’une fonction et d’une lecture propre. Les collectionneurs apprécient la diversité proposée, laquelle témoigne d’une approche par séries courtes, laissant une marge d’expression importante aux horlogers partenaires.

En définitive, la HM2 illustre la transition vers une production où le concept prime : la boîte n’est plus un cadre neutre, mais un composant de narration. Pour MB&F, la modularité a permis d’explorer variantes esthétiques tout en capitalisant sur un mouvement central cohérent, renforçant la marque sur le segment de la haute horlogerie conceptuelle.

HM9 (Sapphire Vision) : moteur à double balancier et différentiel planétaire

La HM9 illustre l’obsession de MB&F pour la mécanique visible et la thématique automobile et aérospatiale. Le boîtier combine saphir massif, or 18K et titane grade 5, créant une coque évoquant un turbomoteur. Le mouvement interne comprend des balanciers jumeaux indépendants et un différentiel planétaire central qui moyenne leurs oscillations pour fournir une lecture stable de l’heure.

Maximilian Büsser a qualifié le moteur de la HM9 comme « le plus beau mouvement » créé par la marque à ce jour, formulation reprise sur le site officiel. Les éditions « Sapphire Vision » placent le moteur sous une bulle entièrement transparente, ce qui accroît la perception du mouvement en tant que sculpture cinétique et souligne la maîtrise technique nécessaire pour polir et assembler des éléments de saphir de grande taille.

Techniquement, l’usage d’un différentiel planétaire pour agréger deux régulateurs est rare en horlogerie bracelet, et témoigne de la filiation entre ingénierie automobile et horlogerie cinétique chez MB&F. Le résultat est une lecture horaire stabilisée malgré la coexistence de deux sources oscillantes, preuve de la sophistication du calibrage mécanique.

La HM9-« Sapphire Vision » a été commentée par des spécialistes pour la qualité de finition du moteur et l’audace du dessin. Les choix matériaux, le travail sur la transparence et l’ingénierie du différentiel offrent un exemple clair de la manière dont MB&F transforme contraintes techniques en argument esthétique et narratif.

Horological Machines vs Legacy Machine : rupture et hommage depuis 2011

La dichotomie entre Horological Machine et Legacy Machine, inaugurée en 2011, structure aujourd’hui l’offre MB&F. Les Horological Machines sont des objets tridimensionnels, futuristes et thématiques, tandis que les Legacy Machines reprennent des codes classiques du XIXe siècle pour les réinterpréter contemporanément, focalisant la démonstration sur des complications traditionnelles revisitées.

Cette double stratégie permet à la marque d’attirer des publics complémentaires : amateurs d’expérimentation mécanique et conservateurs sensibles aux complications historiques. Les Legacy Machines servent de contrepoint pédagogique, montrant le même niveau d’exécution que les machines les plus radicales, mais avec une lisibilité et une élégance plus « conventionnelles ».

Sur le plan commercial, la coexistence des deux lignes assure une diversification de l’offre et un ancrage dans l’histoire horlogère, tout en préservant l’ADN expérimental de MB&F. Les collectionneurs considèrent souvent les pièces Legacy comme des portes d’entrée vers l’univers plus extravagant des Horological Machines.

En pratique, cette stratégie a renforcé la notoriété de Maximilian Büsser comme auteur-éditeur d’objets horlogers, capable de dialoguer avec le patrimoine tout en poussant les frontières de la forme et du mouvement. La dualité Collections/Concepts reste un modèle étudié par concurrents et observateurs du secteur.

MB&F en 2026 : laboratoire conceptuel, collaborations et influence sur l’horlogerie cinétique

En 2026, MB&F conserve son statut de laboratoire conceptuel, multipliant co-créations et séries limitées qui renforcent sa visibilité. Le modèle de petites séries et d’approche collaborative avec des artisans choisis permet à la marque d’expérimenter sans compromettre l’exigence technique, ce qui alimente l’écosystème de l’horlogerie contemporaine.

L’impact de MB&F sur la horlogerie cinétique se mesure par l’influence sur des maisons qui intègrent désormais des volumes tridimensionnels et des moteurs visibles. Les projets spéciaux, comme horloges ou boîtes à musique mécaniques, prolongent la logique de mise en scène de la mécanique et génèrent de nouvelles formes de marché pour les collectionneurs.

Sur le plan culturel et éducatif, MB&F montre qu’une maison peut être à la fois conservatrice du savoir-faire et promotrice d’innovation formelle. Les collaborations externes et les éditions co-brandées ont élargi la base d’amateurs, tout en maintenant une rareté contrôlée par des tirages limités.

La trajectoire de MB&F pose des questions sur l’avenir du port d’objets horlogers très volumineux et conceptuels : quel public pour ces pièces, quelle durabilité dans le temps pour des formes hors normes ? Les réponses se construisent à partir des ventes, des retours des collectionneurs et de la capacité de la marque à renouveler ses thèmes sans perdre de cohérence.

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