Naoya Hida a lancé sa marque en 2018 avec une idée simple à formuler et difficile à exécuter, fabriquer au Japon des montres de ville d’inspiration vintage, mais construites autour d’un détail très concret, des chiffres et index gravés à la main, profonds, lisibles, presque sculptés. Cette identité n’est pas un vernis décoratif, elle impose des choix de conception, à commencer par des cadrans plus épais que la moyenne pour permettre une gravure “dans la matière”.
Dans ce micro-monde indie, la signature visuelle de NH se repère en une seconde, typographies gravées, minuterie parfois réalisée en pièce séparée, aiguilles volumineuses usinées puis finies à la main, bleuissement maison. Le résultat a un côté grave, au sens littéral et au sens esthétique. Et si l’on cherche un fil rouge, il tient dans cette tension permanente entre machines modernes et gestes d’atelier, un mélange qui explique une partie du statut culte de Naoya Hida à Tokyo.
Naoya Hida fonde NH en 2018 entre Tokyo et codes vintage
Le projet Naoya Hida & Co. naît en 2018 avec l’objectif annoncé de produire au Japon des pièces inspirées des montres anciennes, au croisement des montres-bracelets classiques et de certains codes de montres de poche. Ce point est central, parce qu’il explique des détails de design qui ne sont pas de simples clins d’il. Les montres de poche ont longtemps assumé des chiffres gravés, plus fréquents que sur des montres-bracelets, contraintes par la recherche de finesse.
Ce qui frappe, c’est la cohérence entre intention et exécution. Pour obtenir des chiffres creusés, il ne suffit pas d’ajouter un artisan graveur. Il faut d’abord concevoir un cadran capable d’encaisser la profondeur de la gravure sans fragiliser la pièce. Cette contrainte structure l’architecture du cadran, sa rigidité, et même la manière dont la lumière accroche les sillons. C’est là que l’esthétique “grave” de Naoya Hida prend sa source technique.
Dans les discussions entre collectionneurs, la marque est souvent rangée dans l’horlogerie indie pour une raison simple, les volumes sont faibles, les variations de références sont pensées comme des séries, et la valeur perçue repose sur des opérations lentes, peu automatisables. Un détaillant comme The Armoury parle d’une jeune marque “steeped in tradition”, ce qui résume bien l’ambition, faire neuf avec des méthodes d’hier, sans renoncer aux outils d’aujourd’hui.
Il y a aussi une nuance à garder en tête. Le vocabulaire “vintage” peut devenir une facilité dans l’industrie, une patine marketing. Ici, les choix ont des conséquences visibles, proportions, relief, typographies, et même le ressenti au poignet quand l’objet renvoie plus à une pièce d’atelier qu’à un produit industrialisé. C’est séduisant, mais c’est aussi exigeant, parce que l’il finit par traquer le moindre décalage entre discours et exécution.
La gravure main impose des cadrans épais et une minuterie en pièce séparée
La signature la plus commentée de la maison reste la gravure main des chiffres et index. Sur une montre-bracelet, graver profondément dans un cadran fin est compliqué, voire impossible sans fragiliser la base. Naoya Hida a donc conçu ses modèles autour de l’idée inverse, accepter un cadran plus épais, pensé dès le départ pour recevoir une gravure creusée et régulière. Sous loupe, la différence se voit dans les parois nettes des chiffres et la façon dont l’ombre donne du volume.
Cette approche ouvre aussi la porte à des solutions de construction plus complexes. Sur certains cadrans, la minuterie n’est pas simplement imprimée ou gravée sur la même plaque, elle peut être réalisée comme une pièce séparée, ajoutée sur le cadran. Ce détail compte, parce qu’il permet de hiérarchiser les plans, chiffres au premier plan, minuterie en périphérie, et d’obtenir une lecture plus “instrument” tout en gardant un raffinement de montre habillée.
La gravure est confiée à un artisan identifié dans la communication de la marque, Keisuke Kano, notamment sur des cadrans à chiffres romains et sous-cadrans multiples. Le fait de nommer le graveur n’est pas anodin, cela place la gravure au même niveau que le mouvement ou le boîtier dans la chaîne de valeur. Et pour l’amateur, cela donne un repère, on ne parle pas d’un “style gravé” générique, mais d’une main et d’une méthode.
Il faut aussi accepter une limite, cette esthétique très sculptée peut ne pas convenir à ceux qui cherchent une sobriété totalement plane. La gravure profonde attire la lumière, elle dramatise le cadran, et sur certaines tenues très minimalistes, cela peut sembler presque trop présent. C’est précisément ce qui fait le charme de NH, mais c’est un parti pris, pas un consensus universel.
Les aiguilles usinées CNC et bleuies maison donnent le relief propre à NH
Autre élément qui ancre immédiatement une NH, les aiguilles. Là où beaucoup de montres utilisent des aiguilles découpées puis embouties à partir d’une feuille métallique, Naoya Hida privilégie des aiguilles usinées, plus épaisses, plus “bulbeuses”, avec un vrai volume en trois dimensions. La production s’appuie sur des machines CNC pour obtenir les formes, puis le travail manuel vient corriger, adoucir, et donner une présence que la simple découpe ne permet pas.
Le bleuissement est aussi un point de discussion récurrent, parce qu’il est réalisé par Naoya Hida lui-même, selon les descriptions disponibles. Dans le regard d’un collectionneur, cela change la lecture de la couleur, on n’est pas devant un bleu standardisé, mais devant une teinte qui dépend d’une maîtrise de température et d’un contrôle visuel. Ce n’est pas seulement “bleu”, c’est un bleu qui varie selon l’angle, et qui s’accorde avec la gravure pour créer une profondeur globale.
Le boîtier, lui, n’est pas présenté comme un exercice nostalgique fait à l’ancienne, il est au contraire décrit comme issu d’une fabrication de haute précision en CNC auprès d’un atelier spécialisé. C’est là que le mélange moderne-tradition prend tout son sens. Les surfaces et les tolérances viennent de la machine, la personnalité vient des opérations manuelles, gravure, finitions, traitement des aiguilles. Ce duo évite l’écueil du “tout artisanal” qui peut parfois cacher des imprécisions.
Ce choix hybride a une conséquence, la marque doit être jugée sur deux tableaux. Si la base usinée est irréprochable, l’il devient plus exigeant sur la main, régularité des gravures, homogénéité des bleus, cohérence des alignements. C’est une bonne nouvelle pour l’amateur exigeant, mais cela veut aussi dire que l’atelier n’a pas droit à l’approximation, parce que la machine, elle, fixe une barre très haute.
NH TYPE 6A, calendrier perpétuel 2025 et cadran Argentium silver
En 2025, la maison introduit la NH TYPE 6A, une montre habillée équipée d’un calendrier perpétuel. Sur le cadran, les chiffres romains et les indications des sous-cadrans, année, mois, date, jour de la semaine, année bissextile, sont annoncés comme gravés à la main par Keisuke Kano. On est loin d’un simple trois aiguilles, la densité d’informations oblige à une mise en page rigoureuse pour rester lisible sans perdre l’élégance.
Le matériau de cadran marque aussi une étape, la marque met en avant l’usage de l’Argentium silver, présenté comme plus résistant au ternissement. Dans un univers où l’argent peut évoluer et se patiner, ce choix vise une stabilité esthétique. Pour un collectionneur, c’est un débat intéressant, certains aiment la patine, d’autres veulent garder la teinte claire d’origine. Ici, l’orientation est claire, préserver le rendu dans la durée, sans imposer un entretien constant.
Sur le plan éditorial, ce modèle montre aussi que Naoya Hida ne veut pas rester cantonné à l’exercice de style néo-vintage. Un calendrier perpétuel, c’est une complication qui engage la crédibilité mécanique et la capacité à orchestrer cadran, ergonomie et réglages. Même sans entrer dans le détail de l’architecture du mécanisme, la présence de plusieurs indications impose une exécution sans fausse note, sous-cadrans alignés, gravures homogènes, hiérarchie des informations.
Le risque, sur ce type de pièce, serait de perdre l’ADN de simplicité qui a fait la renommée des premiers modèles. Multiplier les guichets et les sous-cadrans peut diluer l’impact de la gravure profonde. C’est là que la TYPE 6A sera jugée avec sévérité, pas seulement sur la performance technique, mais sur sa capacité à rester une NH au premier regard, une montre où la gravure et le relief guident l’il avant la complication.
TYPE7A au Valjoux 23 et TYPE3B-4 à 16,5 millions JPY, le haut du catalogue
Dans la collection, la NH TYPE7A occupe une place particulière, un chronographe équipé d’un mouvement vintage Valjoux 23. Ce choix dit beaucoup sur la philosophie de la marque, associer un calibre historique à un habillage moderne, boîtier produit avec des techniques contemporaines, index gravés main, aiguilles tridimensionnelles usinées. Le prix public annoncé est de 5 830 000 JPY TTC, soit environ 36 200 (conversion indicative à 1 JPY 0,0062 ).
Cette position tarifaire place la montre dans une zone où l’acheteur compare forcément avec d’autres chronographes de prestige, y compris des maisons établies. La différence, c’est l’histoire du mouvement, et la main sur le cadran. Pour certains, un calibre vintage a un charme mécanique unique, pour d’autres, c’est une source potentielle de contraintes, maintenance spécialisée, disponibilité de pièces, variabilité d’état. L’attrait est réel, mais l’achat demande un profil d’amateur déjà informé.
À l’autre extrémité, la NH TYPE3B-4 affiche un prix de 16 500 000 JPY TTC, environ 102 300 . La pièce se distingue par une gravure à la main sur presque tout le boîtier en 18K or jaune, hors lunette et fond, et par une approche décorative qui inclut des chiffres arabes en relief avec application de feuille d’or. Là, on n’est plus seulement dans le cadran gravé, on bascule vers un objet d’art portable, où le boîtier devient surface de gravure.
Ce sommet de gamme révèle une réalité du segment indie, une partie de la valeur est liée au temps humain, et le temps humain devient exponentiel dès qu’on grave un boîtier complet. C’est spectaculaire, mais cela peut aussi polariser, certains collectionneurs préfèrent une sobriété extrême, d’autres veulent une pièce démonstrative. Dans tous les cas, Naoya Hida occupe un territoire rare, celui d’une marque jeune capable de proposer, à côté de montres habillées très pures, des références qui assument un niveau de décor et de prix comparable à des ateliers historiques.
