La résurrection d’Aquastar Deepstar relance un débat que l’horlogerie suisse de plongée n’avait pas vu venir depuis des décennies

La résurrection d’Aquastar Deepstar relance un débat que l’horlogerie suisse de plongée n’avait pas vu venir depuis des décennies

Aquastar remet sur le devant de la scène un nom qui a compté dans la plongée professionnelle, la Deepstar. Le modèle apparaît dans les années 1960, au moment où l’horlogerie-outil se structure autour de besoins concrets, lisibilité, robustesse, ergonomie sous l’eau. La Deepstar se distingue par une approche très fonctionnelle du chronographe de plongée, avec une lunette pensée pour la décompression, et une étanchéité annoncée à 200 m dans les rééditions actuelles.

Ce retour n’est pas un simple exercice nostalgique. La marque revendique une reconstruction à partir de plans d’archive, et s’appuie sur des mouvements suisses contemporains, notamment via La Joux-Perret. Dans le même temps, la relance s’inscrit dans une tendance plus large, des marques historiques relancent des références de plongée devenues cultes. Ici, l’intérêt tient au fait que Deepstar et Benthos ne sont pas des noms inventés pour le marketing, ils renvoient à une histoire industrielle, à des brevets, et à un vrai usage terrain.

Frédéric Robert et la Deepstar, une montre conçue pour la Marine nationale

Dans le récit Aquastar, un nom revient, Frédéric Robert. La marque présente la Deepstar comme le chronographe qu’il a bâti pour la Marine nationale, avec une lunette portant de “véritables tables de décompression”. L’idée est simple, donner au plongeur un outil de poignet qui aide à gérer des paramètres critiques, sans dépendre d’un tableau papier ou d’un calcul approximatif sur le bateau. Pour un lecteur d’aujourd’hui, ça peut sembler évident, mais replacé dans les années 1960, c’est une proposition radicalement orientée usage.

Les sources disponibles mentionnent une introduction de la Deepstar en 1965, et Aquastar évoque aussi 1962 dans sa chronologie interne. Ce décalage illustre un point important quand tu t’intéresses aux rééditions, la frontière entre date de conception, premiers prototypes, premières livraisons et lancement commercial public n’est pas toujours nette. Ce qui reste solide, c’est la période, le cur des sixties, quand les plongeurs professionnels, militaires et civils, demandent des instruments fiables, lisibles, et simples à manipuler avec des gants.

Sur le plan mécanique, Aquastar indique qu’une Deepstar historique est sortie avec un Valjoux 23 à roue à colonnes. Ce calibre, très respecté des collectionneurs, est un symbole de chronographie traditionnelle, avec une architecture qui privilégie une commande franche et durable. La marque explique qu’aujourd’hui le Valjoux 23 n’est plus là, remplacé par un mouvement suisse moderne. C’est logique, disponibilité des pièces, service, standardisation, tout pousse les marques à sécuriser une chaîne d’approvisionnement actuelle.

Je nuance quand même un point, “mêmes plans d’archive” ne veut pas dire “même montre” au sens strict. Les tolérances industrielles, les matériaux, la manière dont on applique un lume moderne, ou la résistance réelle d’une étanchéité testée selon des procédures actuelles, tout ça change l’objet. Mais si la relance respecte les proportions, la lisibilité et l’intention fonctionnelle, tu retrouves l’essentiel, une toolwatch pensée pour être utilisée, pas seulement collectionnée.

La relance Aquastar en 2018, Rick Marei remet Deepstar sur les rails

La relance moderne d’Aquastar s’accélère en 2018, quand Rick Marei, connu pour avoir ressuscité la ligne SUB de Doxa au début des années 2000, approche les détenteurs de la marque. Le parallèle n’est pas anodin, dans les deux cas, on parle de montres de plongée à forte identité, portées par une mémoire collective de passionnés. Le projet consiste à recréer les plongeuses iconiques pour une nouvelle génération, avec la Deepstar comme première pièce de cette renaissance.

Le contexte est celui d’un marché qui adore le vintage, mais qui réclame du fiable au quotidien, service simple, pièces disponibles, étanchéité vérifiable, et mouvements robustes. Beaucoup de relances échouent parce qu’elles se contentent d’un cadran “heritage” sans cohérence technique. Ici, Aquastar revendique une continuité d’ADN, la Deepstar est présentée comme un chronographe de plongée “conséquent”, et la marque insiste sur son rôle historique dans l’innovation des années 1960.

Le récit historique inclut aussi une phase moins glorieuse. Avec la crise du quartz, Aquastar se replie, produit des pièces quartz moins marquantes, puis devient plus niche, notamment sur des timers de régate électroniques. Dit autrement, la marque ne traverse pas les décennies en ligne droite, elle se transforme pour survivre. C’est un élément que j’aime bien dans ce type de dossier, ça évite le roman trop lisse, l’histoire d’une marque, c’est aussi des compromis, des tentatives, et des segments abandonnés.

Ce retour par la Deepstar est stratégique, parce que le chronographe de plongée, contrairement à une simple trois aiguilles, porte une promesse technique plus forte. Tu paies pour une complication et pour une histoire d’usage. Mais il y a une exigence derrière, à ce niveau de prix, les amateurs attendent une action de poussoirs propre, une lecture immédiate, et une cohérence entre look vintage et fiabilité moderne. La relance Aquastar joue sa crédibilité sur ces détails.

LaJoux-Perret et les calibres actuels, 55 heures et roue à colonnes

Sur les versions contemporaines, Aquastar s’appuie sur La Joux-Perret pour un chronographe bi-compax à roue à colonnes. Une des données concrètes communiquées, c’est une réserve de marche de 55 heures, avec remontage bidirectionnel sur une version automatique évoquée dans la presse horlogère. Le choix de la roue à colonnes n’est pas un gadget, c’est souvent recherché pour la sensation à l’usage, déclenchement plus net, retour plus propre, et une impression de mécanique “haut de gamme” sur les commandes.

Un détail intéressant rapporté, l’absence de “position fantôme” de date à la couronne, ce qui arrive quand un mouvement de base existe en version date, puis est décliné sans guichet, en laissant une position inutile. Pour toi qui portes la montre au quotidien, c’est un vrai confort, tu ne te retrouves pas avec une couronne qui clique dans le vide. Ce genre de point montre qu’on n’est pas seulement sur un habillage, mais sur une adaptation du mouvement à l’usage réel.

La marque met aussi en avant un fond plein, ce qui colle à l’idée d’une plongeuse instrument. Même si certains amateurs aiment voir un rotor ajouré, la logique toolwatch privilégie souvent la solidité et la cohérence esthétique. Et dans le même esprit, Aquastar insiste sur l’étanchéité, les Deepstar actuelles sont annoncées à 200 m. Ce chiffre ne dit pas tout, la qualité des joints, le contrôle en production, la facilité de maintenance comptent autant, mais c’est la base attendue sur une plongeuse moderne sérieuse.

Dans la gamme actuelle, Aquastar liste plusieurs références Deepstar, dont des variantes 39 mm et des versions Greenwich. Je reste volontairement prudent sur les détails non explicités dans les sources fournies, parce que les différences exactes de calibres selon chaque sous-référence peuvent varier. Ce qu’on peut affirmer, c’est la logique de collection, une même silhouette et un même cahier des charges, déclinés en chronographes et variantes, avec une fabrication suisse revendiquée et une numérotation de série gravée.

Deepstar, Benthos et 11 brevets, l’ADN Aquastar des années 1957 à 1977

Le retour de la Deepstar prend plus de relief quand tu regardes l’écosystème Aquastar. La marque revendique 11 brevets déposés entre 1957 et 1977, sur des éléments allant des lunettes à des instruments liés à la plongée. Dans les années 1960, Aquastar est décrite comme l’une des marques les plus innovantes sur la montre de plongée, avec une approche très “ingénierie”, résoudre un problème concret, puis le protéger et le décliner.

Dans cette histoire, la Benthos occupe une place clé, comme autre plongeuse emblématique de la marque, mentionnée comme une évolution de la ligne après la Deepstar. L’intérêt, c’est que la relance ne se limite pas à un seul modèle vitrine, elle se construit autour de familles, Deepstar, Benthos, Model 60, Airstar. Ça renforce la crédibilité d’une maison qui veut redevenir lisible, avec des chapitres cohérents plutôt qu’une succession de “limited editions” sans fil conducteur.

Aquastar rattache aussi ses origines à Jean Richard, et évoque l’Aquastar 60 de 1958, une plongeuse simple qui contribue à définir une forme de boîtier devenue archétypale, le “skin diver”. Corne longue, profil fin, pas de protège-couronne, c’est une silhouette qui a essaimé partout et qui reste populaire aujourd’hui, y compris chez des marques japonaises qui réinterprètent ce vocabulaire. Là encore, la Deepstar s’inscrit dans une grammaire historique, pas dans une invention récente.

Quand tu lis “l’industrie a emprunté ce langage depuis”, il faut garder une distance critique. Les montres de plongée se sont influencées mutuellement, et il est difficile d’attribuer à une seule maison l’ensemble des codes. Mais Aquastar a des arguments, brevets, solutions de lunette, et surtout une montre pensée comme un instrument complet, chronographe plus lunette de décompression. C’est cette combinaison qui fait la singularité Deepstar dans un paysage où beaucoup de “divers” ne sont que des trois aiguilles stylées.

Prix actuels en euros et comparaison avec d’autres relances de plongeuses

Sur le plan tarifaire, Aquastar affiche des prix en dollars sur son site, ce qui oblige à convertir pour un lectorat européen. En prenant un taux indicatif de 1 $ = 0,92 , une Deepstar 39 Chronograph annoncée à 2 790 $ revient à environ 2 567 . À ce niveau, tu es face à une offre où l’argument doit être double, une vraie proposition mécanique, et une identité historique forte. Le chronographe à roue à colonnes et l’étanchéité 200 m servent clairement ce positionnement.

Dans la même vitrine de prix, on voit aussi la Benthos 500 Founder’s Edition à 3 590 $, soit environ 3 303 . Même si ce n’est pas le sujet central ici, ça donne un repère sur la stratégie Aquastar, Deepstar comme porte d’entrée “chronographe de plongée”, Benthos plus haut en gamme, et d’autres familles plus accessibles. Pour comparer, une Model 60 Re-Edition MKII à 1 290 $ se situe autour de 1 187 , ce qui élargit le public potentiel de la marque.

La tendance des relances est générale. Rado a relancé la Captain Cook en 2017, Zenith a relancé une Defy diver en 2024, et dans la plongée, les maisons capitalisent sur des références identifiables. La différence, c’est que la Deepstar revient avec une fonction très spécifique, la lunette de décompression et l’idée d’un chronographe lisible à profondeur. C’est moins “lifestyle” qu’une plongeuse vintage standard, et c’est ce qui peut séduire un amateur qui veut une toolwatch crédible, pas seulement un look.

La nuance, c’est le risque de se retrouver coincé entre deux mondes. Les puristes veulent parfois des dimensions et des détails strictement historiques, les utilisateurs modernes veulent du confort, un bracelet contemporain, un service facile, et une précision stable. Aquastar affirme fabriquer sur la base des archives, mais la réussite se joue sur l’exécution, tolérances, lume, alignements, qualité de lunette, et contrôle d’étanchéité. Si ces points sont au niveau, la Deepstar peut redevenir une référence de niche solide, avec un récit et une fonction qui ne sonnent pas creux.

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