La marque horlogère Ebel va changer de propriétaire après vingt-deux ans sous le contrôle de l’américain Movado Group. Selon l’accord annoncé le 8 octobre 2026, un groupe d’acquéreurs conduit par Montres Journe SA, avec la participation de Chanel et de Pierre Jacques, reprend 95 % de la marque pour environ 66,5 millions de dollars, soit près de 59 millions d’euros.
La transaction transfère à l’acheteur un portefeuille d’actifs comprenant les marques, la propriété intellectuelle, les stocks, le personnel dédié et la Villa Turque à La Chaux-de-Fonds. Movado Group conservera 5% du capital. La clôture est attendue dans les prochains mois, sous réserve des ajustements et conditions usuels prévus dans l’accord définitif.
Accord annoncé le 8 octobre 2026 par Movado Group
L’opération a été rendue publique le 8 octobre 2026 par un communiqué de Movado Group, qui précise que l’accord définitif a été signé le 5 octobre. La clôture est attendue dans les prochains mois, sous réserve d’une réorganisation préalable du périmètre cédé et des ajustements de prix usuels liés aux stocks et au fonds de roulement.
Le document officiel précise que Movado conservera une participation minoritaire de 5 pour cent. Un accord de services de transition est prévu : Movado continuera d’assurer certaines prestations opérationnelles après la clôture, le temps que la nouvelle structure prenne le relais.
Sur le plan juridique, les actifs d’Ebel seront d’abord regroupés dans une filiale suisse nouvellement créée, dont les acquéreurs reprendront 95 % des parts. Le personnel dédié à Ebel deviendra salarié de cette filiale, et les titres de propriété intellectuelle lui seront transférés, étape essentielle pour la relance commerciale.
Dans le communiqué, Efraim Grinberg, président-directeur général de Movado Group, présente la cession comme le reflet de « la discipline stratégique » avec laquelle le groupe gère son portefeuille de marques, et se dit heureux d’avoir trouvé des partenaires qui partagent son attachement au patrimoine d’Ebel. Les modalités financières restent sujettes à ajustement entre la signature et la clôture.
Montres Journe SA pilote l’opération avec Chanel et Pierre Jacques
Les acquéreurs sont réunis autour de Montres Journe SA, la société genevoise de François-Paul Journe fondée en 1999, avec la participation de Chanel et de Pierre Jacques. Le montage réunit le savoir-faire horloger indépendant de Journe et la capacité financière de Chanel, déjà actionnaire de Montres Journe à hauteur de 20 pour cent depuis 2018.
Pierre Jacques, appelé à devenir directeur général d’Ebel à la clôture, a dirigé la manufacture indépendante De Bethune de 2011 à l’été 2025, dont il reste président d’honneur. Il déclare dans le communiqué être « incroyablement fier et enthousiaste » de conduire cette nouvelle étape de la marque.
Pour Chanel, l’opération prolonge une stratégie de prises de participation minoritaires chez des horlogers indépendants : la maison est entrée au capital de Romain Gauthier, de Montres Journe en 2018 et de MB&F en 2021. Ebel s’ajoute à ce réseau, cette fois aux côtés de François-Paul Journe, à La Chaux-de-Fonds.
La formule de gouvernance n’a pas été détaillée publiquement au-delà de la répartition principale et de la nomination prévue du dirigeant. Le maintien d’une participation de Movado Group à hauteur de 5 pour cent offre une continuité administrative, si nécessaire, pendant la transition opérationnelle.
Composition financière : cession de 95 pour cent d’Ebel pour environ 66,5 millions de dollars
Le prix annoncé s’élève à 66,5 millions de dollars pour 95 pour cent d’Ebel. Au taux de référence du 9 octobre 2026 (1 dollar pour 0,89 euro), cela représente environ 59 millions d’euros, hors ajustements de clôture.
Pour replacer le montant dans l’histoire financière de la maison, Movado avait acquis Ebel en 2004 après un rachat annoncé en décembre 2003 pour environ 47,3 millions de dollars, opération conclue le 1er mars 2004. La somme proposée aujourd’hui reflète la valeur d’une marque avec archives et actifs, plutôt que la valorisation d’un grand groupe industriel.
Les documents juridiques associés au dossier précisent que la considération est sujette à ajustements usuels, incluant l’évolution des stocks et des créances. Movado indiquait dans son 8-K que la transaction sera finalisée après une réorganisation pré-clôture, condition fréquente afin d’optimiser le périmètre cédé.
En 2003, LVMH avait cédé Ebel à Movado pour environ 47,3 millions de dollars, soit 61,5 millions de francs suisses à l’époque. Vingt-deux ans plus tard, les acquéreurs paient donc davantage pour 95 pour cent de la marque que Movado n’avait payé pour la totalité.
Actifs transférés : marques, propriété intellectuelle, stocks et Villa Turque
L’accord porte sur un périmètre précis, listé dans l’annonce : les marques, la propriété intellectuelle, les stocks, le personnel dédié et la Villa Turque conçue par Le Corbusier à La Chaux-de-Fonds, achevée en 1917 et acquise par Ebel en 1986. La présence de ce bien patrimonial confère une dimension culturelle au dossier.
La Villa Turque, aussi appelée villa Schwob, a été dessinée par Le Corbusier pour l’industriel horloger Anatole Schwob et achevée en 1917 à La Chaux-de-Fonds, la ville natale de l’architecte. Ebel l’a acquise en 1986 et en a fait sa maison de réception : c’est l’une des dernières réalisations de jeunesse de Le Corbusier dans sa ville d’origine.
Le transfert du personnel dédié vers la nouvelle filiale garantit la continuité des relations avec les détaillants et du service après-vente. L’accord de services de transition conclu avec Movado couvre la période qui suit la clôture, le temps que les nouveaux propriétaires installent leur organisation.
La mention explicite des actifs transférés confirme que l’opération vise à préserver l’intégrité du capital immatériel de la marque, condition nécessaire pour une relance maîtrisée des gammes historiques et la valorisation des pièces d’archives dans de futures rééditions.
Histoire d’Ebel depuis 1911 : fondateurs, Sport Classic, Beluga, propriétaires
Ebel a été fondée en 1911 à La Chaux-de-Fonds par Eugène Blum et Alice Lévy, marque devenue célèbre pour ses codes esthétiques et ses modèles iconiques. Parmi ces modèles, la Sport Classic lancée en 1977 avec son bracelet à maillons vagues a façonné l’image de la maison pendant des décennies, tout comme la collection Beluga lancée en 1985.
Sur le plan de la propriété, Ebel est passée chez Investcorp en 1994 puis chez LVMH en 1999, avant le rachat par Movado Group annoncé en décembre 2003. Movado a conclu cette acquisition le 1er mars 2004, pour un montant d’environ 47,3 millions de dollars à l’époque.
Cette trajectoire, ponctuée de changements de mains, contraste avec l’âge d’or de la marque. Dans les années 1980 et 1990, sous la direction de Pierre-Alain Blum, petit-fils des fondateurs, Ebel a atteint un chiffre d’affaires à neuf chiffres et multiplié ses effectifs, selon le site Watches by SJX.
Plus récemment, Ebel a cherché à ranimer son catalogue par des rééditions, comme la 1911 Chronograph relancée en 2023, et par de nouvelles déclinaisons de la Sport Classic, proposée à partir de 2 400 dollars en acier selon le magazine Haute Time.
Perspectives produits et positionnement : relance, manufacture, place sur le marché
Du côté des acquéreurs, Frédéric Grangié, président de Chanel Horlogerie et Joaillerie, explique que cet investissement « reflète notre confiance dans le potentiel à long terme de la marque ». Le rachat inclut les stocks et la propriété intellectuelle, ce qui laisse la porte ouverte à des rééditions fondées sur les archives d’Ebel.
Le communiqué ne dit rien d’un éventuel retour à des calibres maison, ni du rôle industriel exact de Montres Journe. François-Paul Journe résume sa priorité en une formule rapportée par Haute Time : « le produit, le produit, le produit ». Aucune décision industrielle précise n’a été rendue publique.
Sur le marché, Ebel occupe aujourd’hui un segment accessible du luxe horloger, avec une Sport Classic en acier à partir de 2 400 dollars, soit environ 2 140 euros. La gestion des prix et des volumes sera déterminante pour redonner de la valeur à une marque dont le nom reste connu bien au delà du cercle des collectionneurs.
Enfin, la nomination annoncée de Pierre Jacques comme directeur général à la clôture confère une légitimité managériale au projet. Le calendrier opérationnel détaillera les premiers lancements produits et la politique commerciale qui servira à mesurer la réussite de cette acquisition.
Sources
