Si tu penses “sport-luxe à bracelet intégré”, tu vois souvent deux ou trois références avant toutes les autres. Dans cette famille très codifiée, la Girard-Perregaux Laureato occupe une place singulière, plus discrète, mais historiquement légitime. Elle apparaît en 1975, au cur de la décennie qui a fixé les règles du genre, avec une idée claire, une montre sportive portable tous les jours, traitée avec les finitions et la rigueur de la haute horlogerie.
Ce qui la rend intéressante aujourd’hui, c’est le décalage entre ce qu’elle est sur le papier et ce qu’elle représente dans l’imaginaire collectif. La Laureato coche les cases attendues, bracelet intégré, géométrie reconnaissable, polyvalence, mais elle reste moins “réflexe” que ses rivales. Pour un collectionneur, ce statut de pièce connue des initiés ouvre un espace, celui d’un choix moins évident, parfois plus rationnel, à condition de comprendre ses générations, ses calibres et ses dimensions.
Girard-Perregaux lance la Laureato en 1975 avec un quartz maison
La Laureato naît en 1975 dans une période où l’horlogerie suisse expérimente, autant sur le style que sur la technologie. Son positionnement, une montre sportive élégante, s’inscrit dans la même vague que d’autres icônes de la décennie, mais elle arrive avec un marqueur technique différent. La première Laureato est animée par un mouvement quartz de manufacture, un choix qui la distingue dans un segment souvent raconté à travers le prisme du mécanique.
Ce quartz n’est pas un détail anecdotique. Girard-Perregaux s’était déjà fait remarquer au début des années 1970 avec un calibre quartz dont la fréquence est devenue une référence de marché. La Laureato de départ utilise cette base, ce qui permet une architecture plus fine et une présence au poignet très “années 1970”, boîtier contenu, sensation de montre plate, bracelet intégré qui prolonge la carrure sans rupture visuelle. Si tu cherches l’ADN, il est là.
Le design, lui, se fixe rapidement. Lunette octogonale posée sur une base circulaire, boîtier aux lignes adoucies, bracelet qui s’écoule en continuité. Par rapport à des concurrentes plus anguleuses, la Laureato se lit souvent comme plus ronde, plus douce, moins agressive. C’est une nuance importante, parce qu’elle explique pourquoi certains la trouvent plus habillée, et pourquoi d’autres la jugent moins “tranchante” dans une vitrine.
Il y a aussi une conséquence directe sur la perception actuelle. Le récit collectif du sport-luxe met en avant des signatures très médiatisées, tandis que la Laureato, pourtant née au bon moment, garde une image plus confidentielle. Pour toi, collectionneur, ce déficit de storytelling grand public peut devenir un avantage, tu regardes une pièce au pedigree solide, mais pas saturée de clichés. La contrepartie, c’est qu’il faut accepter une icône moins “évidente” socialement.
La lunette octogonale et le bracelet intégré définissent son identité
La Laureato est un exercice de proportions. Sa lunette octogonale n’est pas posée comme un simple motif décoratif, elle structure tout le visage de la montre. L’octogone se détache sur une base ronde, et ce dialogue de formes crée une identité immédiate. Sur un poignet, tu reconnais la silhouette avant même de lire le cadran. Dans le monde du sport-luxe, où beaucoup d’objets finissent par se ressembler, cette cohérence graphique compte.
Le second pilier, c’est le bracelet intégré. Ici, l’intégration n’est pas un slogan marketing, c’est une construction qui impose une continuité entre boîtier et premiers maillons. La logique est ergonomique autant qu’esthétique, la montre se pose à plat, épouse le poignet, et donne souvent une impression de “bloc” homogène. Sur les itérations contemporaines, le travail de surfaces, alternance de satiné et de poli, accentue la lecture des volumes.
Sur certaines versions récentes, la boucle déployante triple avec micro-ajustement discret est un détail qui change la vie au quotidien. Tu ne le remarques pas en photo, mais tu le sens quand la température varie, quand le poignet gonfle légèrement. Ce type de solution rappelle que la Laureato n’est pas qu’un dessin, c’est une montre pensée pour être portée, avec une vraie promesse de confort, ce qui colle à l’idée d’une sportive chic.
Ma nuance, parce qu’il en faut une, concerne le risque d’entre-deux. La Laureato peut paraître moins radicale que des concurrentes très marquées, et ce “moins” peut être lu comme un manque de caractère par certains acheteurs. En boutique, sur un essayage rapide, une montre plus agressive peut gagner. La Laureato demande parfois un second regard, celui où tu observes les transitions de brossage, les arêtes, la façon dont la lunette capte la lumière.
La Laureato 42 mm de 2022 combine GP01800 et 100 m d’étanchéité
Un exemple concret de Laureato moderne, c’est la Laureato 42 mm avec cadran vert à motif “Clous de Paris”. Les chiffres sont connus, boîtier acier de 42 mm pour 10,68 mm d’épaisseur, verre saphir traité antireflet, fond saphir, bracelet acier intégré. Sur le papier, c’est une sportive élégante au format actuel, mais qui reste relativement fine pour la catégorie, ce qui joue sur la polyvalence avec une chemise comme avec un blouson.
À l’intérieur, on trouve le calibre automatique GP01800, annoncé avec 54 heures de réserve de marche. Ce n’est pas un argument de record, mais c’est cohérent pour une trois aiguilles date de ce segment. L’étanchéité est donnée à 100 m, une valeur qui place la montre dans la zone “vraie montre du quotidien”, sans la vendre comme une plongeuse. Tu peux vivre avec, voyager avec, sans psychoter au premier lavage de mains appuyé.
Le prix communiqué pour ce modèle était de 14 300 $ lors de sa disponibilité fin 2022. Converti à un taux indicatif de 1 $ = 0,92, cela donne environ 13 156 . Le chiffre compte, parce qu’il situe la Laureato face à des concurrentes souvent plus chères à configuration comparable. Ce positionnement tarifaire, sans être “abordable”, peut rendre la Laureato plus défendable si tu compares finitions, pedigree et contenu technique.
Le point à surveiller, c’est la perception du 42 mm. Sur certains poignets, l’intégration du bracelet rend la montre visuellement plus présente que le diamètre ne le suggère. Si tu hésites, il faut essayer, et pas cinq minutes. La Laureato gagne quand tu bouges, quand tu vois comment le bracelet se plie, comment la carrure se pose. Une pièce intégrée se juge en dynamique, pas seulement en statique devant un miroir.
La Laureato 38 mm mise sur GP03300 et un cadran clivant
La Laureato en 38 mm répond à une demande nette, celle d’un sport-luxe plus compact, plus proche des sensations vintage, sans tomber dans le micro-format. Dans cette configuration, la montre est souvent décrite comme très facile à porter. Le boîtier paraît équilibré, le bracelet intégré conserve l’effet “bloc”, mais la présence est plus contenue. Pour beaucoup, c’est la taille qui rend la Laureato la plus polyvalente, surtout si tu alternes avec des montres plus habillées.
Le moteur, c’est le calibre automatique GP03300, donné pour 46 heures de réserve de marche, avec une fréquence de 28 800 alternances par heure. La construction est annoncée à 218 composants. Ce sont des données utiles, parce qu’elles te permettent de comparer à armes égales avec d’autres trois aiguilles date. Le mouvement est visible au dos, et la décoration mentionne notamment des vis bleuies, des côtes, du perlage et des chanfreins polis.
Le point intéressant, c’est que le débat ne se fait pas seulement sur la mécanique. Sur certaines déclinaisons, le cadran, sa couleur, sa texture, peuvent devenir l’élément le plus discuté. Des testeurs ont expliqué avoir adoré la carrure et le porté, tout en restant à distance du cadran, jugé superbe d’exécution mais pas forcément “évident” émotionnellement. C’est typiquement le genre de détail qui ne se tranche pas sur une photo de presse.
Si tu cherches une Laureato “une montre pour tout faire”, la 38 mm peut être la plus logique, mais elle oblige à être honnête sur tes goûts. Un cadran très typé, cuivre ou autre, peut te lasser plus vite qu’un bleu ou un gris. Et comme on parle d’un achat à plusieurs milliers d’euros, le meilleur conseil reste simple, essaie-la, reviens, réessaie. Une Laureato réussie, c’est celle que tu as envie de remettre le lendemain matin.
La Laureato FIFTY 2025 célèbre 50 ans avec 39 mm et 200 pièces
En 2025, Girard-Perregaux marque les 50 ans de la Laureato avec une édition anniversaire, la Laureato FIFTY, parfois présentée comme Laureato Fifty. Le concept est clair, rendre hommage à l’esthétique d’origine tout en l’amenant vers des attentes contemporaines. Le format annoncé est de 39 mm, un diamètre qui fait le pont entre les 38 mm actuels et des tailles plus modernes, sans basculer dans l’oversize.
Cette édition est limitée à 200 pièces, et elle adopte une exécution bicolore en acier et or jaune 3N, clin d’il à l’esprit des années 1970. On retrouve la grammaire Laureato, lunette octogonale sur base ronde, boîtier coussin, bracelet intégré. Le travail d’alternance satiné poli est mis en avant, parce que c’est là que la montre justifie son rang, dans la précision des surfaces et la manière dont la lumière circule.
Un détail technique mérite d’être noté, l’étanchéité annoncée à 150 m. C’est plus que beaucoup de sport-luxe qui se contentent de 50 ou 100 m, et ça renforce l’idée d’une montre polyvalente. Sur une édition anniversaire, on aurait pu s’attendre à une pièce plus “bijou” que “outil”. Là, Girard-Perregaux garde une cohérence, tu peux porter la montre sans la traiter comme une relique, même si la limitation incite à la prudence.
La question de la cote et de la désirabilité est plus subtile. Une série de 200 pièces attire les collectionneurs, mais le marché du sport-luxe est saturé de références iconiques, et la Laureato reste moins médiatisée. Pour toi, ça peut signifier deux choses, soit une opportunité de viser une édition très aboutie sans hystérie, soit une revente moins évidente si tu achètes avec l’idée de tourner. Dans les deux cas, la Laureato FIFTY rappelle que la collection a une histoire continue, pas un simple revival opportuniste.
